Comment le Mexique m’a renforcé ? 

Le Mexique est un pays qui me touche profondément. Avec mon fils, ce voyage a été précieux, incroyablement challengeant et inspirant. L’immensité du pays, le climat, le brouhaha, le folklore mêlé aux traditions laissent des couleurs mélodieuses dans le cœur et dans l’esprit.. Je vous raconte en brève notre épopée.

J’écris en mon nom, je suis une femme française qui voyage seule avec son enfant. Il s’agit de mon expérience et mon angle de vue. Je suis consciente que voyager en tant que parent seul avec un enfant est déjà en soi courageux. Ici j’aimerai plutôt partager ce qui est, à mes yeux, typique du Mexique et qui a ensemencé des ressources chez moi. J’ai listé quelques point forts qui m’ont marqué et participé à me rendre plus forte.

L’une des premières choses qui m’a frappé en arrivant à la ville de Mexico, c’est que dans les transports il y a une zone rose. Souvent la première rame du métro et à l’avant du métrobus. C’est une zone uniquement pour les femmes et les enfants, un espace safe défini et limité par la couleur rose. Il y a aussi des areas mixtes, les autres rames où tout le monde se retrouve. La plupart des femmes utilisent la zone rose sauf quand elles sont accompagnés d’hommes.

J’ai vite été épaté par la force des femmes. Dans leurs corps, leurs visages et leurs comportements s’inscrivent leurs histoires.  Le travail incessant et infatigable, peut être aussi le combat et la lutte de chacune m’a sauté aux yeux.

Au fil du voyage et des rencontres, j’ai constaté que les inégalités de genre sont prédominantes parmi toutes les autres injustices. Ma perception et mon regard sur le monde se conscientise par le prisme du féminisme. J’ai eu l’impression que tout ce que je déteste du au patriarcat était accentué au Mexique. Je voyais toutes les inégalités me crier à la figure !

L’Accès à l’eau. Dès notre arrivée, nous avons eu des coupures d’eau pouvant aller de quelques heures à plusieurs jours. Il y a un quota d’eau par habitant en ville. Les femmes avec qui j’ai cohabité font très attention à l’eau. J’ai découvert un collectif eco féministes qui tisse le lien entre l’eau et les femmes. Dans un village à la campagne, l’eau de la source était dirigé et distribué pour alimenter plusieurs lieux dits. Chaque 3 jours environs, nous avions accès à l’eau. Au cœur de la source, un temple, un espace sacré pour prier et remercier l’eau.

La nourriture. Manger s’est avéré parfois fastidieux. Il existe assez peu d’alternative végétarienne, pour moi qui mange peu de viande. Je souhaitais également manger au plus frais et local. Quand on ne peut pas cuisiner, trouver à manger était une aventure. Dans les magasins, il y a beaucoup plus d’aliments transformés industriels de types snacks que de produits frais. Nous mangions surtout des tortillas, des œufs, des frijoles, des avocats, du poulet et de délicieuses mangues. Le repas le plus important est le desayuno, le petit dej souvent des œufs et des haricots. On mange le lunch assez tard vers 15h et souvent peu ou pas le soir.

Les rôles genrés. Les femmes s’occupent de la cuisine et de l’entretien des maisons, tandis que les hommes travaillent dehors. Les femmes sont plus représentés dans les fonctions genrées. Nombre de femmes enfants en bas ages au bras, travaillant au service des autres. J’ai vu beaucoup de mères seules avec leurs enfants. Les enfants travaillent aussi et les filles sont chargés de s’occuper des plus petits.

Le travail infatigable des femmes. Je retiens ces visages de femmes qui portent des charges énormes avec la seule force de leurs têtes, ceintures sur le front. Du matin au soir, elles ne s’arrêtent pas. Tortillas hecha a mano, cuisine, lessive, soin des autres.. Au Chiapas, les femmes indigènes tissent sans cessent. Elles créent de magnifiques tissages de toutes les couleurs puis les vendent partout dans la rue et sur les marchés. Jour et nuit, elles s’activent. J’ai été émerveillé de voir les enfants partout avec leurs mères pendant le travail. Cela me faisait pensé quand mon fils m’accompagne sur les marchés. Le courage des femmes m’a marqué.

Le corps sans tabou. Les corps sont partout, on voit les jambes, le ventre, la chair est visible. Les couples sont aussi très présents dans l’espace public. Il est fréquent de croiser des amoureux se câliner et s’embrasser. En ville, il est aussi courant de voir des tenus et sous vêtement sexy accrochés devant les boutiques. Une relation au corps et au sexe décomplexé. Il s’agit surtout de corps de femmes sexualisé pour le désir des hommes. Comme si le corps des femmes devait toujours être désirable. J’ai eu l’impression que les corps étaient plus libre qu’en Europe. Il y a une sorte de sexualisation des corps hétéro normé complétement assumé.

Le racisme se ressent et la colonisation est omniprésente. Les « gringos » sont souvent perçus comme une source de revenus. Le tourisme est la première économie au Mexique. Il existe un système de caste plus ou moins implicite où les populations indigènes se retrouvent les plus démunis. Tout se confronte et cohabite dans un mélange plus au moins festif. Les écarts d’argent sont flagrants. L’Amérique des États Unis est proche et la consommation à outrance aussi.

Le non choix, l’acceptation? Mon nouveau mantra : ASI ES o es lo que hay! Je n’ai pas choisi le luxe pour voyager. Je voulais sortir des sentiers battus, m’éloigner des coins touristiques pour rencontrer des locaux et approcher de plus près l’authenticité du pays et les traditions. Loin des foules, j’ai appris à accepter ce qu’il y a ou ce qu’il n’y a pas. Par exemple, vivre sans eau chaude ou sans eau, manger de la soupe de tortilla ou des quesadillas pendant 1 semaine. On est heureux avec peu.

La famille est la fondation. Elle est le socle qui soutient. Les mexicains sont très familles, au sens large. Nous avons eu l’occasion de vivre avec des familles, où nous étions comme des membres. Cette force communautaire est un art de vivre. J’ai adoré faire partie des communautés et de sentir ce pouvoir du groupe uni.

La mode du féminin sacrée m’a repoussée. Le tourisme new age spirituel a fait émerger pleins de projets au Mexique. On peut trouver tout types d’ateliers de stages de yoga axés sur le féminin dans différents lieux, notamment près des côtes. J’ai interrogé le sens, je recherchais les traditions locales sans vouloir m’approprier une culture et des pratiques lointaines, je ne m’y retrouvais pas. Je venais pour apprendre et je ne comprenais pas cette mode de spiritualité… Je refusais d’y contribuer, je m’y opposais. Ces projets me paraissaient hors sol et réservé à un entre soi blanc privilégié. Certes qui a son utilité, mais je m’y sentais très éloigné. J’avais besoin de rencontrer des locaux, des personnes ancrés dans les traditions du Mexique. Cette quête était surtout en moi même.

La médecine traditionnelle que j’ai pu expérimenté. Tout a commencé à la cathédrale de Mexico City. J’ai vu des chamanes qui pratiquaient des soins sur des femmes mexicaines dans la rue. J’ai demandé aux femmes ce qu’il se passait, elle m’ont expliqué que c’était comme un pèlerinage, un nettoyage pour commencer l’année. Il suffisait de prendre quelques plantes médicinales et attendre son tour. J’ai essayé. L’homme récitait des prières tout en faisant des mouvements sur mon corps avec les plantes. A la fin il crachait de l’alcool, et frottait une pierre sur mon dos. C’était rapide et plutôt efficace, comme une bonne douche énergétique.

Les femmes médecines m’ont accompagné et soigné durant tout mon voyage. Je vous réserve un article sur toutes ces magnifiques rencontres qui ont évidemment contribué à me faire évoluer.

Le voyage m’a confronté à moi même, à mes propres contradictions, à mes failles et à mes limites. Nous étions épuisés, mon fils et moi. Il a été très malade et ensuite c’était moi. Nous avons du prendre davantage soin de nous et de notre relation parce que nous étions souvent à cran. Cette traversée nous a fait vivre des moments forts en intensité. Une adrénaline permanente. J’ai découvert des faces de moi même que je méconnaissais, particulièrement dans mon rôle de mère. C’est un voyage qui a autant renforcé la femme que la mère que je suis. C’est une force que j’ai partagé avec toutes les mères que j’ai rencontré!

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