Pause
J’ai eu besoin de temps et de silence. Il a fallu presque une année pour le comprendre et l’entendre véritablement. Sujet qui vit et trouve sa finalité dans sa substance. Je l’écris pour ne plus me taire, comme si tout ce temps était nécessaire.
En mars dernier, au retour du Mexique, avant l’arrivée du printemps :
« Quelques jours à Paris, à peine le temps de voir la famille et les amis, que nous re voilà dans notre campagne tranquille. Changés surement, le teint joliment zébré nous avons repris petit à petit nos marques. Comme renouvelés et nourris par le voyage, nous avons retrouvé notre chez nous (c’est drôle à dire). Un mois est déjà passé depuis que nous avons atterri. J’ai eu une infection à l’oreille qui a perturbé mon ouïe. J’ai souffert terriblement au point de ne plus dormir et j’ai réalisé l’importance d’entendre… »
Cette surdité temporaire m’a déstabilisé. J’avais l’énergie de l’action, le camping car a transformé, je voulais construire et je me retrouvais réduite. Dépendante des autres, moi qui pensais égoïstement que je pouvais m’en sortir seule! J’ai vite déchanté, handicapé de l’oreille, j’ai du demander de l’aide. C’est comme cela que la bricoleuse est devenu apprenti. J’ai profité de ces moments pour m’informer sur le chantier et en apprendre davantage sur l’aménagement d’un camping car. L’aventure commençais.. Petit à petit, les travaux s’effectuaient. Il a fallu s’assurer de l’étanchéité, d’abord à l’extérieur en refaisant les joints et en installant un nouveau lanterneau puis à l’intérieur pour rester bien au sec.
Je me suis vite rendue compte qu’il fallait choisir :
- Consacrer le camping car à un espace de soin. Soit tout retirer et l’aménager uniquement pour les massages. Changer la structure, enlever le lit, la table, la cuisine et les placards pour optimiser l’espace. Vider tout à l’intérieur
- Soit moduler l’espace ; transformer le lit en un canapé lit et enlever la séparation et un fauteuil dans l’espace salon pour y installer la table de soin. Ce qui limite l’espace de massage
- Soit garder l’intérieur en le rénovant à mon goût et faire plutôt les massages à l’extérieur. Dans ce cas, je me sert du camping car en espace repos et ressource pour être itinérante. Aussi il peut être un espace refuge, de mise à l’abri un temps pour les femmes dans le besoin.
J’ai longuement butté sur la deuxième option en essayant différents plans avec l’avis de plusieurs personnes. Une confusion est née.. Je ne peux mélanger l’espace de soin avec l’espace repos. Il s’agit de deux espaces bien distincts où l’énergie circule et ne peut être mêlée. Donc je ne peux faire les deux au même endroit. C’est pourquoi le camping car sert d’espace ressource et non de soin. La praticité s’est naturellement établie. En même temps que la saison démarrait, j’ai repris l’activité de massage et du me déplacer avec le camping car. J’installais l’espace soin avec le barnum et tout le matériel à l’extérieur.
L’espace de « care » – le cadre pour qui ? Je dois privilégier mon énergie et mon état de santé pour être en capacité de donner et de prendre soin des autres. Je ne peux plus faire passer les autres avant moi..
Après l’élan s’en est suivi le mouvement estival puis l’agitation et la frénésie… Sans que je ne m’en aperçoive, ce silence devenait rare, inaudible, toujours comblé.
« On ne peut voir la lumière sans l’ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie. »
Carl Gustav Jung
J’ai voulu trop faire, j’ai « trop » fait. Je me suis éparpillée, je me sentais dépassée. Je pensais être capable de tout assumer « seule » ; leurre.. Mon fils grandissant, les soins, le camping car, le projet, les formations.. Un Trop
Tout s’est brusquement arrêté à l’automne alors que j’entamais une transmission et que je préparais mon stage sur le soin des liens. J’ai eu un accident de voiture. J’ai perdu le contrôle en glissant, un sanglier a percuté la voiture et nous avons atterri dans le champ d’à coté écrasant un arbre. Ah on fait pas les choses qu’à moitié! Mon fils et mon amie étaient dans la voiture. Un choc violent qui a transformé ma vie. Nous en sommes sortis sains et saufs. Nohé a eu quelques points de suture, au coin de l’œil. Mon amie n’a pas pu bouger pendant quelques jours. Et ma tête a eu du mal à s’en remettre. La panique et la peur sont restées des mois.. Les premières cervicales touchées, je travaille pour retrouver mobilité et souplesse
STOP
« On ne maitrise pas tout Rose » que je me répète encore
Il y a des moments où tout bascule,
La culpabilité, les traumas, la dépression et puis le deuil… Tout est ressorti
6 mois de silence
Quand on passe si près de la mort, on se rends compte de notre fragilité.
J’ai du m’arrêter incapable de bouger, à contempler le vide, à savourer le rien. Ce chaos m’a permis de regarder en arrière, de comprendre mon histoire, de passer de l’autre coté, d’être celle dont on prends soin. J’ai été accompagné par plusieurs thérapeutes dont une psychanalyse qui m’a métamorphosé ! J’apprends encore que le rien est important, que la convalescence est longue et périlleuse. Qu’on a tous des blessures et des manques à combler, qu’on y réponds tous de manière unique. Je suis passé par des confrontations, des nuits blanches, des pleurs, beaucoup de larmes et d’émotions à traverser, du désespoir et de l’espoir aussi. Tous les opposés. Ce n’est pas un chemin facile. Je me remets en question souvent, je deviens plus patiente, je n’ai plus besoin d’être en permanence dans l’action. Je vois mes failles, les accepte et mes doutes si nombreux, alors je continue ce chemin du « care ». Tout doucement. La bienveillance comme évidence, la prudence devient une alliée. Continuer à cultiver une santé mentale, un équilibre dans les hauts et les bas. Accepter la traversée, ses états mouvementés tel un océan agité par le vent. J’accueille les vagues, je plonge dedans, je capte le silence en respirant. J’apprécie quand ça devient plus lent car à l’intérieur l’eau coule toujours. Cette aventure m’enseigne l’humilité.
« Le silence est la musique de l’âme » dit la Bible

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